Le point de vue de l’Ayurveda sur l'arthrose


Les massages ayurvédiques sont à la mode même s’ils revêtent encore un caractère exotique voire mystérieux dans l’esprit de beaucoup des personnes qui les apprécient. Le système des doshas est à peine connu : certains les appellent « humeurs » comme au temps du malade imaginaire de Molière. En effet, les doshas recouvrent les éléments de la matière selon la répartition suivante, assortie d’un type schématique :

  • La terre et l’eau composent le dosha KAPHA : le type flegmatique, plutôt lent et débonnaire, susceptible voire hypersensible et qui a tendance à prendre du poids facilement, reflète la lumière de la lune ;
  • Le feu compose le dosha PITTA : le type modéré dans sa carrure, il a le teint rosé ou rouge, habité par le feu  il peut être passionné, autoritaire et, à l’excès, tyrannique, il risque les incidents cardiaques ;
  • L’air et l’éther composent le dosha VATA : il est toujours mobile, parle beaucoup quoique d’une voix monocorde, en agitant les mains. A l’excès, il est anxieux, insomniaque, attiré par un ailleurs indéfinissable. La stabilité de la terre le rassure mais son inertie lui fait peur.

 

Dans le diagnostic, les doshas indiquent un excès des éléments qui le composent.

Il existe un autre aspect fondamental du diagnostic qui réside dans la notion de dhatu ou tissus. Ils sont au nombre de 7 :

  1. La lymphe produite par la nourriture transformée qui va nourrir tous les autres tissus et augmenter la pression du sang.
  2. Le sang assure la continuité de la vie et nourrit les muscles.
  3. Les muscles recouvre le corps et nourrit la graisse.
  4. La graisse assure l’onctuosité et la transpiration ; nourrit les os.
  5. Les os, assurent la structure corporelle et nourrit le tissu nerveux.
  6. Le tissu nerveux « remplit les creux » comme le cerveau, les orbites oculaires
  7. Le fluide sexuel féminin et masculin, assure l’énergie et la joie de vivre ainsi que la reproduction.

Ces tissus sont interdépendants. Le premier extrait ses nutriments des aliments digérés, les affine et les transmet au tissu suivant, commençant ainsi une chaîne de solidarité de tissu en tissu. D’où l’importance accordée à la diététique dans l’Ayurveda : notre corps se construit dans notre assiette. Des sous-tissus existent dans chaque catégorie de tissu qui permettent de repérer des symptômes ou des pré-symptômes : une des forces de l’Ayurveda réside dans cette potentialité de pré-diagnostic, avant que la maladie ne soit déclarée.

L’arthrose est une maladie des os qui, en tant que tissu, doivent établir un équilibre entre la terre (matière) l’air et l’éther (porosité des os). Ils sont nourris par la graisse qui doit donc être suffisante en qualité aussi bien qu’en quantité. Les os sont endommagés à cause :

  • d’un exercice excessif (répétitif ou non)
  • d’une source d’irritation physiologique, traumatique ou diététique.

 

Les symptômes sont de trois sortes :

  1. Lorsque le tissu osseux devient insuffisant : Les cheveux tombent prématurément. Les dents sont en mauvais état. L’exercice physique occasionne des douleurs, en particulier dans les os.
  2. Lorsque le tissu osseux est en excès : Des grosseurs osseuses ou des amas osseux apparaissent. Il peut également y avoir des dents supplémentaires ou des excroissances dentaires. Les os semblent lourds ce qui freine le mouvement.
  3. Lorsque le tissu osseux est endommagé : Des excroissances osseuses peuvent apparaître dans les dents ou les vertèbres. Mais, le plus souvent, le tissu osseux endommagé apparaît sous forme d’os qui s’écaillent, ainsi que les dents ou les ongles. Les fractures se produisent facilement. On note des changements de tons dans le teint du patient, ses cheveux ou ses ongles.

 

Les maladies des os sont au nombre de trois :

1. Vata entre dans les os 

Les symptômes sont des douleurs spasmodiques dans les os, les mains, les jambes, les articulations des doigts. On pourra également observer des pertes de tonicité musculaire et/ou de l’insomnie. 

Les protocoles de traitement sont  : L’oléation interne et externe qui permet d’augmenter l’élément Terre et, donc, de contrôler Vata.

 

2. Vata entre dans les articulations 

Les articulations sont gonflées : à la palpation, le thérapeute observe la présence de Ama. Les mouvements des articulations sont accompagnés de bruits de craquement. 

Les protocoles de traitement sont : L’oléation interne et externe, accompagnée de chaleur. Des cataplasmes de plantes peuvent être appliqués pour apporter l’élément Terre.

 

3.Ce que nous nommons la polyarthrite : 

Vata domine le tractus intestinal et forme des blocages tels que les déchets ne sont pas éliminés et forment une matière composée de terre et d’eau, collante, que l’on appelle AMA. Cette matière va s’installer en priorité avec les zones qui recherchent l’onctuosité qui est l’une de ses caractéristiques. Il s’agit en particulier de la graisse. C’est pourquoi on la retrouve dans les articulations qui finiront par être déformées. Si la lymphe est impliquée, on observera de la fièvre (caractéristique du tissu suivant, le sang) et, dans les étapes avancées de la maladie, le cœur est affecté.

Une sévère perte d’appétit est un des signes précurseurs : elle signale que la lymphe est pauvre en qualité ou quantité. Les autres causes de la maladie résident principalement dans la façon de se nourrir :

  • si l’on ne suit pas les règles de la diététique ayurvédique adapté à sa nature, ou si l’on mange en même temps des nourritures qui ne peuvent être mangées que séparément
  • si l’on mange trop gras, principalement juste avant de faire de l’exercice ou de travailler physiquement,
  • si l’on absorbe des boissons réfrigérées ou si l’on est en contact constant avec le froid ou l’eau dans son travail
  • si l’on mange une nourriture collante, lourde à digérer, grasse et froide et dont les goûts dominants sont sucré, aigre et salé.

 

Les signes précurseurs : La fièvre, la sensation de lourdeur dans le corps, la raideur dans les articulations, la perte dû goût, l’indigestion.

Les symptômes : La fièvre, l’inflammation qui navigue d’une articulation à l’autre, la perte d’enthousiasme, le volume d’urine excessif, l’insomnie et une forme d’inertie dans la journée, des sons qui gargouillent dans l’abdomen, la perte de motilité due à la raideur et à la douleur. Les symptômes varient selon le type de dosha dominant chez la personne souffrante :

  • Vata : douleur plus sévère
  • Pitta : sensation de brûlure plus sévère et inflammation des articulations concomitante
  • Kapha : plus de raider et de  lourdeur dans les articulations avec des démangeaisons concomitantes.

Pronostic : Lorsqu’un seul dosha est incriminé et que la présence d’ama vata est  récente, alors le malade peut guérir sans trop de difficulté. Si les symptômes concernent tous les doshas, le malade aura du mal à guérir mais les symptômes pourront être maintenus sous contrôle.

Les protocoles de traitement proposés sont les suivants ; certains d’entre eux sont rarement proposés en Occident :

  • Le jeûne qui permet de digérer Ama (on pourra moduler en commençant par un jour de mono diète par semaine ; puis pratiquer des cures de quelques jours par mois, selon les cas...)
  • La chaleur qui aide à réduire les blocages provoqués par Vata et à pacifier Vata. De préférence, on utiliser une chaleur sèche (sauna, infra rouge, sable chaud, etc.)
  • L’amélioration de la digestion grâce à des épices et autres plantes médicinales.
  • Applications de cataplasmes de plantes ayant des effets anti-inflammatoires.
  • Purgation par vomissement avec l’aide de l’huile de ricin. Ce mode opératoire ne s’effectue que dans les cliniques ayurvédiques agréées, en Inde, sous contrôle médical suivi. Il est tout à fait contre-indiqué en auto-suivi.
  • Nettoyage colonique avec des décoctions de gingembre et d’huile de ricin (les autres huiles sont contre-indiquées car leurs molécules, plus fines, seraient absorbées, ce qui est le contraire de l’effet recherché).
  • Mesures préventives par le suivi de la personne : conseil diététique visant à changer les habitudes.

 

Mais, bien sûr, il est préférable d’éviter tous ces ennuis en modifiant son alimentation en amont. Nous vivons dans une société où le marketing fait la loi et conditionne les citoyens pour qu’ils mangent les aliments qui se trouvent sur le marché. Pourtant, le bon sens voudrait que l’on recherche les aliments en fonction des besoins de notre corps, conformément à sa nature. C’est ce que propose l’Ayurveda.

© Brigitte MARTIN 2015